mardi 7 mars 2017

Les nouveaux enfants





En introduction à l'article ci-dessous, de Rejane Ereau récemment publié par l'INREES, il me semble important de rappeler ce que, en termes de pédagogie, avait été expérimenté déjà dans les années soixante dans les écoles de l'éducation intégrale en Inde, plus précisément dans l'école de l'Ashram de Pondichéry: celle du Libre progrès, sous la direction de Mirra Alfassa, la Mère. 

Le Libre progrès pouvait (et peut encore, car il est toujours pratiqué) ainsi accueillir ces premiers « nouveaux enfants » dont "l'être psychique" disait la Mère, était prêt à telle expérience. Ces nouveaux enfants - je préfère utiliser ce terme pour les désigner tous à la fois car je me méfie des étiquettes new age, comme les « enfants indigos »,  les «enfants cristal » ou les « enfants arc-en-ciel » - sont aujourd'hui des adultes qui parlent de cette expérience comme d'un moment fondateur dans leur vie.
  

Plus d'un demi siècle plus tard, force est de constater que tous les enfants  (et pas seulement une élite!) qui naissent aujourd’hui, sont "près de leur être psychique". Ils sont de plus en plus conscients des enjeux de la planète, de plus en plus sages : avez-vous remarqué combien et comment ces petits « savent déjà » sur plein de sujets parfois très profonds ? Des sujets « d’adultes », plus grands qu’eux-mêmes ? Par exemple, le non-dualisme, l’interconnexion des êtres vivants, leur interdépendance étroite, la mort, l’au-delà, Dieu…

Il n'est pas surprenant donc que une vieille institution comme l'école, née d'une idée bien précise de l'éducation et de la société, ne soit plus adaptée à ces nouveaux humains qui arrivent et nous poussent à évoluer ...





Nos enfants sont-ils en train de muter ?


Enfants précoces, autisme, hyperactivité, extra-sensorialité…
Les nouvelles générations semblent voir éclore de plus en plus de personnalités atypiques. Est-ce vraiment le cas ? De quoi sont-elles symptomatiques ?


Dans le service de pédopsychiatrie du Dr Lombard, arriva un jour un jeune garçon bon à l’école, mais qui se fichait de tout. Formé à la psychanalyse jungienne, le médecin le soumit à une vingtaine de questions existentielles. « Pourquoi vient-on sur Terre, quel est le sens de la vie ? » débuta-t-il. L’enfant sembla déstabilisé, mais il l’encouragea : « Ferme les yeux, va au fond de toi, prends ton temps, tu connais la réponse. » Au bout de quelques minutes, les yeux pleins de larmes, le garçon répondit : « Pour aimer. » Le Dr Lombard enchaîna : « Quand es-tu le plus heureux ? » Quand il jouait au basket. « Preuve d’un besoin de communion », analysa le médecin, qui poursuivit : « Si une très bonne amie de ta maman t’invitait deux mois en Italie, tu irais ? » Oui, « tout de suite », s’exclama l’enfant.

Ce dernier ne se fichait absolument pas de tout ! Ses centres d’intérêt étaient simplement plus élevés que ce dont le nourrissait son environnement quotidien. Pour le psychiatre, il était resté « connecté au Soi », c’est-à-dire à la globalité psychique de son être. « Chez ce type de personnalités, le goût de la découverte est plus fort que le besoin de sécurité, précise le médecin. Ils sont en recherche d’harmonie, d’information, de conscientisation. » Le Dr Lombard lui proposa de visiter son unité. « Elle accueille des jeunes de ton âge, entre 6 et 12 ans, lui expliqua-t-il. Certains se posent beaucoup de questions, ils sont là pour réfléchir et se reposer. » Le garçon accepta avec enthousiasme. « Il ne devait pas entrer à l’hôpital comme malade, mais comme soignant ! conclut en souriant le Dr Lombard. Il faut se méfier des étiquettes. Il suffit parfois de recréer du lien. Quand j’explique à ces enfants que nous appartenons à une conscience supérieure, ils cessent de se sentir des intrus. »

Une forme de porosité


Des jeunes connectés à leur Soi, le pédopsychiatre estime en rencontrer de plus en plus. Hypersensibles, dotés d’une vision globale des situations, ils ont souvent du mal à comprendre le monde dans lequel ils sont tombés, et peuvent très vite se sentir en décalage. « Depuis dix ans, j’en vois partout ! souligne le médecin. Parmi les six cents enfants dont je m’occupais à la fin de ma carrière en service hospitalier, au moins soixante étaient concernés – alors qu’ils étaient très rares il y a quarante ans. »

Comment expliquer qu’ils soient de plus en plus visibles ?

Avides d’harmonie, ils peuvent, face à une réalité sociale violente, intolérante et individualiste, devenir agressifs, se refermer ou déprimer. Etonnamment matures, ils sont aussi d’une grande insécurité. Leurs compétences cognitives déroutent, de même que leur sens aigu de la vérité, de la justice et de la cohérence. Intuitifs et réceptifs, ils répondent à des questions non formulées et résolvent facilement des problèmes, sans mettre de mots sur leur raisonnement. La tête dans la lune mais boulimiques de nouveaux apprentissages, ils s’ennuient souvent à l’école, confrontant autant leurs professeurs que leurs parents. Qui sont ces enfants ? Comment expliquer qu’ils soient de plus en plus visibles ? Pour la psychologue Jeanne Siaud-Facchin, spécialiste des surdoués, tout vient de la reconnaissance, depuis une quinzaine d’années, d’une forme d’intelligence atypique, plus axée sur les compétences du « cerveau droit » que sur celles du « cerveau gauche ». « Les apports des neurosciences montrent que la structure et le fonctionnement de leur cerveau sont différents », indique-t-elle. La densité de leurs connexions neuronales s’avère plus importante, tant au niveau du cortex préfrontal – la zone la plus aboutie de l’intelligence –, que du lobe pariétal, – la plaque de redistribution de l’information dans le cerveau. « D’où, sur le plan intellectuel, une immense rapidité d’analyse, de compréhension, de traitement et de mémorisation », note la psychologue.

Autre spécificité essentielle : l’hyper-connectivité de leurs hémisphères cérébraux, liée à une structure particulière du corps calleux qui les sépare, mais aussi l’engagement préférentiel du droit, y compris pour des tâches qui font habituellement d’abord appel au gauche. « D’où une approche plus globale, plus imagée, plus affective et plus analogique des choses, qui absorbe les informations par impression et se déploie en arborescence de manière fulgurante et intuitive », poursuit Jeanne Siaud-Facchin. Ce qui les dote d’un rapport au monde intense. « Les sens plus aiguisés que la plupart des gens, ils voient tout, entendent tout, ressentent tout », détaille la psychologue, et captent des signaux que personne d’autre ne perçoit, ce qui amène parfois à développer des capacités de visionnaires, ainsi qu’une compréhension subtile, souterraine, du monde et des gens.

Une plus forte capacité à ressentir les émotions d’autrui...

Le revers de la médaille ? Une énorme perméabilité affective. « Il a été montré qu’ils avaient une vulnérabilité particulière de l’amygdale, cette zone nichée au fin fond du cerveau archaïque dont la fonction est de décoder les émotions », souligne Jeanne Siaud-Facchin. Résultat : ce qui serait une broutille pour quelqu’un d’autre déclenche chez eux un cataclysme affectif. « Ils ont aussi des neurones miroirs en plus grande quantité, observe la psychologue, d’où une plus forte capacité à ressentir les émotions d’autrui. »


L’aube d’une nouvelle humanité ?

Empathiques, hyper-connectés à leur environnement, ils peuvent se sentir tout le temps envahis… Et déranger une société qui juge référent un fonctionnement plus linéaire, conceptuel et analytique. Que faire de ces drôles d’oiseaux qui « savent » sans pouvoir expliquer comment, qui mêlent une immense sensibilité à une lucidité acérée, qui déploient une énergie brouillonne qui peut passer pour de l’arrogance, qui captent inconsciemment des signaux que les autres ne perçoivent pas, et semblent avoir accès à des informations cachées ?

Pour la psychologue Marie-Françoise Neveu, qui accompagne depuis plus de trente ans des enfants qu’elles nomment « actuels », pour éviter de leur coller d’autres étiquettes, il s’agit d’abord de les accueillir tels qu’ils sont. « Des découvertes ont mis en évidence une réseau neuronal autour du cœur », souligne-t-elle. Pour elle, ces jeunes sont symptomatiques de l’émergence d’une intelligence émotionnelle, qui s’émancipe « de la dualité entre cerveau droit et cerveau gauche pour entrer dans une forme d’unité ». De son point de vue, ils sont aussi le signe d’une évolution de l’humanité vers une conscience plus globale, plus ouverte au sacré, plus en besoin de respect, de justice et de sens. « Il faut changer de regard sur ces enfants, poursuit-elle. Ils ne sont pas dysfonctionnant, ils ont juste des compétences particulières. » De même qu’il ne faut pas les mettre sur un piédestal ou les croire investis d’un « pouvoir », juste parce qu’ils font preuve d’une créativité fulgurante, ou de perceptions et d’intuitions hors du commun. « Oui, ils ont accès à d’autres dimensions. Oui, ils ont une approche du temps moins linéaire, plus centrée sur l’instant – ce qui peut entraîner des difficultés d’action. Oui, ils sont en phase avec une évolution vibratoire de l’Univers, estime-t-elle. Mais notre mission, en tant qu’adultes, n’est pas de les idéaliser ; simplement d’accepter leur particularité » et de faire la démarche de comprendre comment ils fonctionnent, afin de les accompagner au mieux, au regard de leurs besoins.

Ces jeunes sont symptomatiques de l’émergence d’une intelligence émotionnelle...

Jeanne Siaud-Facchin confirme : « Si l’enfant rencontre des difficultés, il faut les analyser à la lueur de son profil. Si l’on part du principe qu’il est paresseux, pas motivé, opposant et qu’il en n’en fait qu’à sa tête – ce que ces êtres atypiques entendent souvent, de la part de leurs enseignants ou de leur entourage –, on le maltraite. » Au lieu de l’aider, on l’enfonce, on l’empêche de s’épanouir. Il risque de se braquer, de rejeter l’ensemble de règles. Mais si on reconnaît sa différence, on peut la prendre en compte pour ajuster la réponse… sans forcément, bien sûr, tout expliquer par ce prisme. « S’il sent qu’il a une place, qu’il est reconnu, l’enfant pourra, lui aussi, faire l’effort de s’adapter au système », estime la psychologue.

« L’essentiel est de veiller à ne pas leur forger de fausse personnalité, commente le Dr Lombard. Il ne faut rien induire, simplement écouter et recevoir, pour qu’ils se sentent compris. Tout l’art est de les mettre en situation d’auto-thérapie. Lorsqu’ils sont dans le Soi, les enfants savent mieux que quiconque ce dont ils ont besoin. » Bien sûr, chaque cas est complexe, particulier. Plus on agira en anticipation plutôt qu’en réaction, plus on pourra compter sur des institutions scolaires qui ne cherchent pas à faire entrer tout le monde dans le même moule, plus il existera des réseaux de soutien et de diffusion de l’information à destination des parents, plus il sera possible de saisir tout ce que ces enfants peuvent apporter. « A mon sens, il faut regarder ces personnalités atypiques dans une perspective évolutive, conclut Jeanne Siaud-Facchin. Leur donner plus de place pourrait considérablement faire avancer l’humanité. »

Source : http://www.inrees.com/articles/enfants-mutation-extrasensorialite/

 

jeudi 26 janvier 2017

NANTES - 31 MARS ET 1ER AVRIL 2017

Nouveaux Pouvoirs, Nouveaux Leaders 


Le pouvoir d’aimer plutôt que l’amour du pouvoir 

Chacun peut développer et s’approprier (ou se réapproprier) son propre pouvoir d’agir et cette transformation personnelle est au cœur de la transformation collective/ sociale.
Comment exerce t - on son pouvoir d’agir, sur soi-même et sur les autres ? A partir de quelle connaissance de soi ? Comment l’interaction « transformation personnelle / transformation collective » influe t-elle sur le changement du monde ? A quoi sert le « pouvoir » ? N’a t-il pas changé de nature, de lieux, de formes ? (influence, co-création, collaboratif) ?

Ces questions constituent le socle de notre événement destiné à interroger les notions de pouvoir et de leadership en lien avec la connaissance de soi, le questionnement de l’organisation sociale, économique et politique, les dimensions spirituelles et psychologiques du changement, avec l’objectif d’établir des passerelles entre ces différentes dimensions.

Ce nouveau pouvoir « avec » les autres et « sur soi », et non plus « contre » ou « sur » implique par exemple de :
- Se connaître (dans nos dimensions émotionnelles, psychologiques, spirituelles) pour mieux diriger ;
- Renouveler les pratiques démocratiques en questionnant le cadre actuel du pouvoir et ses défaillances
- Interroger les fondements des pratiques managériales (croyances et représentations, idéologies, …) à la recherche d’une participation plus juste de chacun.


L’événement Nouveaux Pouvoirs, Nouveaux Leaders, c’est :
- Plus de 30 intervenants d’envergure nationale et internationale, tous experts reconnus dans leurs domaines (monde de l’entreprise, de la thérapie, des médias, de la politique),
- Des formats multiples pour expérimenter diverses formes d’échanges : conférences, tables rondes, ateliers autours des questions du pouvoir et de ses transformations,
- Un public de 250 à 300 personnes attendu par jour parmi lesquels des chefs d’entreprise, leaders politiques, thérapeutes, psychologues, mais aussi leaders d’opinion divers, associations, syndicats et étudiants.



J'interviendrai le 1° avril à 11h dans l'atelier  
"Education et formation au leadership"

 Comment l’école peut-elle être un lieu de développement d’un pouvoir d’agir positif ? Médiation et éducation : vers un autre type d’enseignement et d’animation. 

Co-animation : 
Anne Ferrot, enseignante et formatrice à Génération Médiateurs
Antonella Verdiani, fondatrice du Printemps de l’éducation, auteur de « Ces écoles qui rendent nos enfants heureux », Actes Sud 2012 



Pour vous inscrire : cliquez ici

samedi 7 janvier 2017

En Hommage à Guy Corneau


Les êtres sont condamnés à la joie : interview à Guy Corneau 

C'était en 2011, à Montréal lorsque dans le cadre des recherche sur mon livre sur la joie, Guy me fit l'honneur d'une interview. Nous passâmes plus d'une heure ensemble, dans les coulisses d'un théâtre où se jouait la pièce d'une amie danseuse, un spectacle auquel il m'invita. Je garde le souvenir d'un homme bon, charmant, profondément gentil et généreux, sensible et attentif : un exemple de l'intelligence du cœur en action.   

Bon voyage Guy!




Antonella : Dans ton dernier livre, "Revivre!" tu nommes la joie en tant qu’expérience personnelle, reliée à ton vécu. Ce sur quoi j’aimerais que l’on échange ce soir part du constat que la joie existe beaucoup chez les enfants, mais que l’école ne fait qu’entasser tout ce potentiel de vie. Est ce que tu penses que la joie est innée ? Est-elle toujours là ou bien elle peut disparaître? Et si oui, peut on aller la « repêcher » au fond de nous?                                      
Guy : Je n’ai pas les mêmes inquiétudes que toi. Les tibétains parlent du fond lumineux de l’être, la joie. Pour moi qui a été près de mourir deux fois, ce que l’on découvre près de la mort ou de l’autre coté de la vie, c’est la joie, une joie pure. Dans les deux cas c’est ce contact avec la joie pure qui m’a guéri, un contact qui dure pendant des semaines, pendant des mois. C’est la béatitude, c’est l’extase.  


A : C’est la joie sans objet...

: Oui, une joie complètement gratuite. J’ai moins d’inquiétudes que toi parce que je pense que de toutes les façons, les êtres sont condamnés à la joie, ils sont condamnés à la liberté. Ils ne peuvent pas abolir la joie ; de même ils ne peuvent pas abolir la lumière, c’est impossible. Il se peut que l’expérience (de la vie) ne se termine pas bien, mais au fond ce n’est pas si grave non plus, la joie reste ainsi que le goût de la joie. On pourrait penser que les soubresauts dans lesquels notre monde passe actuellement, tous ces signes d’éclatement, soient les signaux de la naissance d’un nouveau monde où il y aura plus de joie et plus de lumière. Peut être qu’il va y avoir aussi (dans ce passage) de la douleur, des ruptures et des conflits très importants , mais au fond ces excès préparent la venue d’un nouveau monde qui va vers des choix plus essentiels, donc vers la joie et la lumière. Je ne suis pas quelqu’un de très religieux, mais je souhaite vraiment l’avènement d’une religion de la Lumière.  Ce qui m’intéresse est que les êtres humains se reconnaissent en tant qu’êtres lumineux, des êtres créateurs qui sont venus exprimer la lumière dans le monde, de l’amour, de la joie.


Maintenant, si l’on regarde du coté de l’éducation
et en particulier à propos du lien entre ce que tu appelles l’aspect transcendantal et l’aspect horizontal, quand est ce que les êtres humains expriment de la joie dans leur vie?  C’est quand ils expriment quelque chose qui vraiment fait partie de leur essence, de leur élan de vie, de leur élan créateur ! C’est vrai pour les enfants et les adultes : que tu sois content d’avoir réussi des recettes de cuisine, que tu fasse une cabane à moineaux de tes propres mains ou que tu fasse pousser des légumes, là il y a une joie qui est liée à ce que tu as accompli et qui t’as remis en contact avec la vie créatrice. Comme Jung, je pense que les êtres humains sont essentiellement créateurs, que l’inconscient est essentiellement créateur. Toutes les fois que l’on est dans l’élan créateur ce qui répond c’est la joie, la joie dans l’être qui est à la fois très horizontale et très communicative, et qui permet  de toucher au fond et à la nature essentielle de l’être, la joie pure.

A : Je suis d’accord, mais ne trouves tu pas que telles qu’elles sont structurées aujourd’hui, les écoles ne font que tuer cette créativité ?

: Oui, t’as raison, mais ce n’est pas vrai que c’est seulement l’école qui fait ça ; c’est nous qui le faisons à nous mêmes. Car quand tu es dans cet état de joie très profonde, tu te rends compte que tu as passé 99% de ta vie à résister à la joie. Ce n’est pas vrai que c’est l’école ou les parents qui le font, c’est toi qui te le fais à toi même ! Nous sommes construits de façon telle que la réponse que nous donnons à l’angoisse de vie est dans la recherche de reconnaissance ; ainsi on s’aliène des parties plus joyeuses de soi même et on en a peur. Les êtres humains ont peur de la joie parce que la joie les ouvre !


: Je donne aussi une interprétation « politique » à ce phénomène car je pense que le système éducatif actuel n’est que l’expression de ce monde qui est en train d’éclater aujourd’hui, lequel est fondé sur la peur. Ainsi on nous apprend depuis tout petits à respecter beaucoup de règles et d’interdits. Par exemple, il y a une expression française qu’on apprend très tôt aux enfants à l’école et en famille qui est: « tu n’as pas le droit ... de faire ceci, de faire cela », comme si au fond on n’avait pas le droit de devenir les créateurs de notre propre vie. Donc si on inverse le processus comme on le fait dans l’éducation à la joie, on peut essayer d’aller dans l’autre sens en partant de la richesse qui est déjà là: on reconnaît d’abord la joie en soi, dans l’enfant, et par la joie on arrive à se libérer, comme tu le dis.

G : Oui, mais il faut que tu trouves des leviers éducatifs qui permettent ça. J’ai donné une conférence qui s’appelle « Le meilleur de soi et l’enfant » sur la question : quoi dire à des parents qui veulent éduquer leurs enfants en leur permettant de rester en lien avec leur essence créatrice et donc avec la joie qui est liée à cette essence ?

A : Il s’agit de leur apprendre à oser eux mêmes.

G : Oui, mais pour moi la peur ne vient pas de l’école, elle est existentielle dans les êtres humains, qui ont peur de vivre, de naitre, de mourir. Et dans chaque être, indépendamment de l’école, il y a une quête qui va l’obliger de déconstruire quelque chose en lui qui est de l’ordre de la peur, qui va lui faire reconnaitre ses racines, les dépasser et retrouver de la joie. C’est donc de la joie que l’être humain a profondément peur, de sa réelle liberté de créateur, face à lui même, face à la vie.  C’est sur, moi aussi je souhaite une école qui soit plus attentive à ça, mais je mesure l’étendue de la tâche...

A : Enorme !

: Elle est énorme parce que toutes les structures sociales vont être en jeu. Et je suis convaincu qu’elles vont changer...

A : Elles vont éclater ! C’est triste à dire, mais je suis confiante en quelque sorte dans le malaise des parents, des élèves, mais surtout des enseignants qui n’en peuvent plus.

G : Ils sont sur la ligne de front. Quand j’avais mon cabinet de psychanalyste je recevais beaucoup d’enseignants et je leur disais : « ce n’est pas seulement vous qui êtes malade, mais le système dont vous faites partie et donc dans ce sens, ne prenez pas tout comme personnel. » Car c’est une maladie collective, une lutte continue (du système) contre les différences, dérivée de la difficulté de nous entendre, de nous harmoniser. 

A : Mais il y a de l’espoir, n’est ce pas ?

G : Il y a de l’espoir, mais aussi beaucoup de heurts et des ruptures dans les vies individuelles de gens, avec beaucoup de tourmentes. Chaque personne est convoquée à des choix très personnels : « Est ce que je choisis la paix, la joie ? Est ce que je choisis l’amour, d’exprimer la partie lumineuse de moi même ? Et même de la découvrir ? Ou bien, est ce que je choisis d’être un esclave des conditions ambiantes ? » Parce que dans ce dernier cas, c’est  la souffrance qui t’attend. Mais en même temps ces cassures sont nécessaires pour permettre que le fruit s’épanouisse !

Je regardais l’autre jour avec mon fils de 11 semaines une statue de Bouddha qui l’attirait et le fascinait beaucoup. Quand on regarde une statue de Bouddha, on y voit l’expression de la pureté humaine. Je pense que chacun de nous est invité à laisser émerger une chose aussi pure, aussi simple, lumineuse mais aussi fragile.  Je me dis que c’est vraiment à ça que chaque être humain est convoqué : à une maîtrise complète de soi même, une maîtrise de l’esprit, du cœur, du corps, du comportement, de tout... C’est un achèvement fantastique, un accomplissement très joyeux, mais quand tu mesures la distance (qui existe) avec ça, tu te dis, « wow, moi je suis « en chantier » par rapport à ça, comme une pierre brute.  Comment donc je vais arriver à laisser émerger la joie ? ». Pour moi c’est tout l’intérêt de la chose. Bien sûr, on peut arriver (à entreprendre) cette voie là par  l’éducation.

En ce qui me concerne dans mes conférences, je cherche à éveiller chez les individus le goût d’aller vers la joie et de l’exprimer dans leur vie, de découvrir et d’exprimer l’amour qu’ils sentent, parce que des toutes les façons le bonheur lui même repose là-dessus. Dans ce sens là, je ne suis pas inquiet car des toutes les façons la joie est l’appel profond de chaque être humain.

Merci à Guy de m'avoir accordé cet entretien, réalisé en octobre 2011 à Montréal

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