dimanche 29 mars 2015

Discours collectif "Ce qui nous réunit": un moment historique pendant les Rencontres du Printemps de l'éducation, le 22 mars 2015




Écoute, respect, diversité, confiance, humour, légèreté et fragilité sont les notes majeures qui ont composé notre gamme durant nos échanges au centre des Amanins les 14,15 et 16 novembre 2014. Les accords d’une nouvelle symphonie que nous, éducateurs, pédagogues, représentants d’institutions, mouvements et réseaux éducatifs avons commencé à co-créer, vous sont présentés dans ce récit qui a pour intention de poser les fondations de cette rencontre historique et d’en relater ainsi le fond et la forme. 

Son émergence a été possible grâce à l’orchestration précise et souple d’un processus d’intelligence collective par lequel les besoins de chacun ont pu être exprimés, entendus et accueillis avec bienveillance pour laisser place à l’innovation et à la créativité.  

A propos du processus…
Nous étions venus de tous les horizons : écoles, mouvements pédagogiques, associations citoyennes, institutions publiques… Chaque personne a été invitée à parler de son parcours, de son expérience, de ses valeurs et de ses convictions ainsi que de son engagement actuel en faveur de l’accompagnement des jeunes par l’éducation.

L’intention de départ, celle de faire se rencontrer dans un même espace, sans aucune autre attente, des enseignants et représentants de courants éducatifs qui ont autrement peu d’occasions de dialoguer, a permis une liberté dans notre communication. Aussi, le fait de nous rencontrer d’abord au niveau humain, ensuite au niveau de l’institution que nous représentions, a créé les conditions pour ce dialogue libre et pour chercher ensemble ce qui – dans notre diversité de vues et de pratiques – nous relie.

Un cadre ouvert conciliant liberté et sécurité a été proposé au groupe pour permettre à chaque personne de trouver sa place de manière créative. L’écoute empathique et la prise de décision au consentement ont été nos deux ''outils'' principaux.

Ce processus nous a permis d’expérimenter un rapport au temps différent de ce qu’un certain nombre d’entre nous a l’habitude d’expérimenter, ce qui a parfois amené à quelques impatiences, mais a néanmoins permis à chacun de trouver l’espace d’exprimer ses besoins, tant au niveau des contenus de la rencontre que de la manière de les aborder. Les facilitateurs*, véritables baromètres interactifs, ont rendu possible cette danse d’idées et d’émotions mêlées, qui a fini par trouver un rythme satisfaisant pour l’ensemble des participant-e-s.

Le respect de la diversité des points de vue et la confiance ainsi instaurée, ont permis :
des conversations pleines d’enthousiasme,
de vivre ce magnifique processus que l’on nomme ''intelligence collective'', source d’une émotion de joie profonde,
de libérer cette énergie créative dont nous avons tant besoin pour le changement éducatif auquel nous aspirons,
et enfin, d’avancer sur le chemin de ce qui nous relie.

Une invitation à réfléchir individuellement sur nos envies, nos besoins, ce qui pourrait nous réunir et nous séparer a conduit le groupe à vouloir échanger sur :
la vision, les valeurs, l’identité,
la diversité des pratiques,
l’agir ensemble,
les liens à tisser avec l’éducation nationale

Trois groupes se sont formés et ont proposé de :
– poser les bases d’une vision collective à partir de valeurs partagées
– trouver des pistes pour agir ensemble
– discuter de façon libre sans thème
Puis, deux groupes se sont à nouveau constitués. L’un a souhaité co-rédiger ce témoignage pour enraciner la naissance d’une rencontre inédite et prometteuse. Une façon de répondre à la fragilité d’un être en devenir. L’autre a rêvé de l’après rencontre de ces 3 jours aux Amanins. Nous nous sommes déjà retrouvés le 31 janvier 2015 dernier !

Le Printemps de l’éducation nous a présenté le projet des Rencontres nationales des 21 et 22 mars 2015. Chacun a émis le souhait d’y participer en son nom et/ou celui de son organisation. Cet événement est aujourd'hui l’occasion de partager avec vous notre vision et l’avancée de nos travaux de groupe.

Nous sommes heureux de livrer ici le premier fruit de cette vision collective :

Nous reconnaissons l’existence d’un plein potentiel chez chaque être humain et la tendance de ce potentiel à évoluer naturellement. 
Nous estimons que la réalisation du potentiel de chacun est vecteur de paix.
Nous pensons que lorsqu’un être humain est épanoui dans sa relation à lui-même, il l’est aussi dans sa relation aux autres et à son environnement, et que ces trois dimensions se nourrissent vertueusement.

Nous partageons la volonté que l’éducation permette à chacun :
de grandir dans la joie, le plaisir, le jeu, l’enthousiasme, la légèreté, la coopération, l’ouverture, le respect, la confiance, la tolérance,
de se développer sur les plans cognitif, émotionnel et physique dans le respect de la singularité et du rythme de chacun en lien avec son environnement,
d’expérimenter ce qui émerge spontanément : il est par conséquent nécessaire de prendre le temps d’observer et d’écouter,
de construire ses apprentissages, d’être accompagnés dans ses projets et ouverts au champ des possibles.

Nous estimons que chaque enfant et chaque jeune a besoin :
de pouvoir évoluer aux côtés d’éducateurs authentiques, ouverts, positifs, bienveillants, cohérents dans leurs paroles et leurs actes, conscients d’être des modèles et dont l’action est basée sur le savoir-être et la facilitation de l’accès aux apprentissages,
de vivre dans un espace qui est pensé, aménagé et propice pour un développement de toutes ses dimensions dans un équilibre dynamique,
de libérer sa curiosité, sa créativité, son imagination et son intuition,
de prendre conscience de sa capacité à être auteur et acteur de changement

Nous estimons que chaque enfant et chaque jeune a aussi besoin:
de cohérence et d’harmonie entre pensées, paroles et actions,
d’estime de soi et d’ambition,
d’altruisme, d’empathie et de bienveillance,
d’autonomie, de sociabilité et de responsabilité,
de citoyenneté, de paix et de communication non-violente,
de sensibilité à la nature et d’amour de la terre.

Aujourd’hui, après des années de division et d’éloignement, nous désirons œuvrer ensemble autour de ce qui nous rassemble en acceptant nos différences comme une source d’enrichissement. Nous le faisons sans étiquettes, dans la légèreté d’une recherche qui ne s’appuie pas sur des concepts achevés, mais prend en compte la complexité du monde actuel et la volonté d’aller au delà des clivages vers une approche transdisciplinaire. Notre désir est de faire évoluer nos pratiques au gré des observations, des échanges entre pairs et des nouvelles connaissances scientifiques sans jamais perdre de vue l’intention qui nous rassemble et nous motive, le bien-être des enfants et des citoyens qu’ils sont amenés à devenir.

Nous souhaitons à présent que ce magnifique élan qui nous a propulsé vers d’autres possibles nous donne l’énergie d’être opérationnel et accueille de nouveaux acteurs qui n’ont pas pu participer à cette rencontre ou qui en prennent tout juste connaissance.



Signataires co-rédacteurs :
Thomas Blettery – Ashoka France
Samuel Bonvoisin – Récit (Réseau des écoles de citoyens)
Henri Dahan – Fédération des Ecoles Steiner-Waldorf en France
Mauve Doyen – Living School
Muriel Fifils – Ecole Caminando / Ecole de la Nature et des Savoirs
Pascale Furnion – Enseignante Education Nationale et Graine d’école
Roland Gerard – Réseau Ecole et Nature
Roswitha Lanquetin – Unipaz
Fleur Mathet-Jolly – Ecole de la croisée des chemins
Isabelle Peloux – Ecole du Colibri / Les Amanins
Odette Peronnet – Graine d’école
Emilie Roudier – Ecole du 3ème Type
Isabelle Samson, animatrice pédagogique, 
OCCE
Catherine Schmider – Coordinatrice communication non violente et éducation (ACNV)
Isabelle Séchaud – Montessori France
André Stern – Mouvement écologie de l’enfance
Fabien Tora – Enseignant Education Nationale, Réseau CARDIE, Académie de Lyon
Antonella Verdiani – Printemps de l’éducation
Marie-Laure Wieser – Printemps de l’éducation


* Facilitateurs : Ivan Maltcheff et Céline Langlois

dimanche 22 février 2015

1ères Rencontres Nationales du Printemps de l’éducation

1ères Rencontres Nationales 

du Printemps de l’éducation

Se relier, s’inspirer, agir pour éduquer autrement

21 et 22 mars 2015, Paris 

  

Fotolia_Smiley hands© Sunny studio



Les premières Rencontres Nationales Se relier, s’inspirer, agir pour éduquer autrement se dérouleront les samedi 21 mars de 14h à 18h et dimanche 22 mars 2015 de 12h à 19h à la Gaité Lyrique, 3 bis rue Papin, 75003 Paris

Conçues comme un moment catalyseur d’informations, de réseaux et de propositions innovantes, ces rencontres sont ouvertes à tous ceux qui croient en un monde meilleur et qui souhaitent participer et voir s’activer le changement : parents, enfants, adolescents, enseignants, éducateurs, élus, experts…

Pendant ces deux journées, nous souhaitons faire vivre aux participants un temps de reliance et de dialogue dans un esprit constructif, ludique, joyeux et enthousiaste.

Le programme de ces journées a pour objectif de se relier, s’inspirer, agir pour éduquer autrement… d’illustrer une autre façon de vivre l’école et d’éduquer en général. Plénières, agoras, ateliers et projections, sont autant de formats participatifs qui permettront des échanges vivants et feront l’objet de récoltes.


Nous avons souhaité profiter de la dynamique de l’évènement et de la présence des comités locaux pour organiser la première Assemblée générale du Printemps de l’éducation le samedi 21 mars de 18h30 à 20h (Auditorium Gaité). Si vous souhaitez participer à notre assemblée générale, information et inscription ici

De nombreux partenaires s’associent au Printemps de l’éducation pour ce premier grand évènement du Printemps de l’éducation et nous les en remercions!



Logos



jeudi 12 février 2015

Charles Caouette: entre éducation et vieillesse alternatives


Charlers Caouette est professeur honoraire de psychologie de l'Université de Montréal au Québec, où il a fondé l'option Psychologie de l'éducation. Il est aussi le fondateur de l'école Jonathan, pionnière du REPAQ, le réseau des écoles alternatives publiques au Québec. Il sera l'invité des premières Rencontres nationales du Printemps de l'éducation, le 21 et 22 mars à Paris, à la Gaité lyrique (www.printemps-education.org) 



Article paru dans le Journal des Voisins, février 2015, Montréal : http://www.journaldesvoisins.com/uploads/1/1/9/1/11919530/journaldesvoisins_2015_02_version_est_web.pdf

samedi 7 février 2015

Au delà de la laïcité, la rencontre


Ces derniers jours les murs de nos écoles sont tapissés d’affiches colorées arborant les 15 articles de la charte de la laïcité à l’école. Déjà promue sous le Ministère de l’éducation nationale précédent, elle réapparait en force à l’occasion des derniers faits de violence et les mesures conséquentes prises par la Mobilisation de l’école pour les valeurs de la république. Les règles et les normes de la laïcité y sont illustrées, et l’article 8 qui concerne l’exercice de liberté d’expression des élèves, est celui qui suscite le plus de discussions. « Pourquoi, demandait l’élève Rached à son enseignante de collège, si vous dites que la France respecte toutes les croyances, pourquoi on accepte les dessins blasphèmes de Charlie Hebdo et on ne respecte pas ma religion ? ».
La question est très bonne, je dirais même que c’est LA question du jour. La réponse est difficile, sa compréhension ardue, non seulement pour Rached qui a 12 ans, mais pour tous ceux qui, comme moi, s’interrogent sur le sens de cette laïcité en général, à l’école en particulier. Quelle est donc cette lois qui dit que dans une société laïque comme la France, « le respect de toutes les croyances va de pair avec la liberté de critiquer toutes les religions, quelles qu’elles soient » ? Allez-donc expliquer la nuance à tous les Rached qui peuplent les cités de nos banlieues, tous les Mohammed et les Yasmina qui se voient offensés et provoqués dans leur croyance. Donnez-leur les clés de cette interprétation équilibriste entre le respect et la liberté de critique… Et, puisque nous y sommes, aller leur expliquer aussi la différence entre critique et provocation.
Dans un élan gigantesque de fraternité (autre valeur à apprendre dans l’éducation à la citoyenneté), et d’humanité retrouvée au lendemain des violences, nous avons été tous Charlie. Nous sommes descendus dans les rues manifester, et des familles entières, avec des enfants par la main et en poussette, ont défilé pour la paix « parce que on ne tue pas les gens quand on n’aime pas un dessin, on en fait un autre plus joli » comme le disait Léa, 5 ans. Mais aujourd’hui non, je ne suis pas Charlie, parce que se mobiliser pour les valeurs de la république n’est pas céder à la confusion qui règne entre liberté d’expression consciente et négation du respect de la croyance de l’autre. Aussi, je ne suis pas Charlie parce que je ne peux cautionner ceux qui par simple provocation, s’amusent à déstabiliser et discréditer la grande majorité des français musulmans, y compris à l’école.
Dans ce sens, je souhaite que à l’école soient enseignés, avec les valeurs de la république, aussi l’esprit de discernement, la lucidité, la critique constructive. Et que dans les débats sur la morale et la citoyenneté, on puisse exercer la liberté de remettre en cause le concept de laïcité actuel qui n’a plus grande chose à voir avec ses nobles origines. Mot obscur pour la plupart des élèves, la laïcité fait son entrée à l’école au XIXe siècle, le souci étant à l’époque de s’affranchir des pressions religieuses, l’église catholique en première. Le projet d’une école laïque qui accueille tous les enfants, sans distinctions d’origine, de sexe ou d’option spirituelle de leurs parents, est né de cette volonté, inspiré par un idéal commun, une sorte de neutralité républicaine.
Sauf que l’école a changé, des enfants de cultures inconnues à l’époque des Lumières, remplissent aujourd’hui des classes multicolores, multi-races, multilingues, des descendants de migrants musulmans s’asseyent dans les bancs à coté de leurs camarades chinois nés en France de troisième génération. Leur demander, au nom d’une laïcité qui lisserait toute différence, de nier leur appartenance culturelle et religieuse équivaut à une injustice, une imposition et une autre doctrine, elle devient « une machine à produire de la différence » comme nous disent des éminents sociologues de l’éducation*. Détournée de sa mission d’origine de service à un projet d’intégration des minorités, la laïcité risque ainsi de se transformer en outil d’agression, jusqu’à engendrer pour ces mêmes minorités la peur de l’Autre, alors que l’école est supposée être le lieu du vivre ensemble.
Il faudra alors faire un pas vers l’Autre, il faudra nous rencontrer. Nous rencontrer pour nous connaître et apprendre, oui je dis bien apprendre, d’un Rached et d’une Yasmina aux accents arabes, mais aussi d’un Irwin et d’une Liuba tziganes, que ce qui est différent de moi (par langue, culture, religion,…) ne peut que m’enrichir, me construire. Les rencontrer c’est la seule façon de ne pas les diaboliser car la ségrégation construit des monstres. L’ignorance conduit à l’amalgame, et la confusion s’engendre, comme lorsque on confond un Islam riche de sa culture millénaire avec un terrorisme intégriste produit de l’ignorance et de la misère.  Rencontrer à l’école un rabbin, un imam, un prêtre, inviter des parents musulmans ou bouddhistes ou juifs nous expliquer leur manière de voir le monde, leur culture, les valeurs qui inspirent leurs religions, n’équivaut pas à leur déléguer l’enseignement du fait religieux qui doit rester la prérogative de l’enseignant, mais à les connaître d’abord comme humains, nos semblables.
Cette ouverture est la seule condition pour que le dialogue naisse. Un dialogue qui, avant de devenir national, international, interreligieux, interculturel,… tout ce dont on entend débattre ces jours-ci à niveau politique, doit d’abord être pratiqué au niveau de l’individu. La rencontre devient ainsi éducative et fait grandir pour « élever les consciences des enfants », selon un terme utilisé non pas par un guru mais par un ministre de l’Éducation nationale. Soyons donc plus ambitieux : faisons de l’école, non seulement l’espace privilégié de l’éducation aux valeurs républicaines de la France, mais le lieu d’élévation vers les valeurs universelles communes à toute l’humanité.

Antonella Verdiani
Présidente,
Printemps de l'éducation
* Béatrice Mabilon-Bonfils, Geneviève Zoïa, La laïcité au risque de l’Autre, Ed. de l’Aube, 2014

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