mercredi 28 décembre 2011

The flow


Dans les années ‘90, Mihaly Csikszentmihalyi définissait le bonheur comme un état indépendant des conditions externes, mais dépendant  plutôt de la façon dont elles sont interprétées, car elles résultent de l’orientation des individus vers des intérêts matériels et/ou immatériels. Son travail est largement connu au grand public à propos de ce qu’il appelle le flow, « l’expérience optimale », clé de l'épanouissement de l'individu, caractérisée par « un état de flux, de mouvement et de concentration vers la réalisation de tâches qui mobilisent toutes les compétences. »[i] 

Si l’on pense aux enfants en particulier, il n’est pas rare de les observer pendant qu’ils en font l’expérience lorsque, par exemple, ils se concentrent sur une activité (un jeu, un dessin, la construction d’un objet...) ou sur l’observation de quelque chose qu’ils aiment spécialement. Regardez cette vidéo du point de vue du flow. Au delà des cris enthousiastes "au genie" (qui me paraissent personnellement deplacés car cette experience est accessible à tout enfant qui aurait accès à des conditions semblables), cette fillette de 4 ans est totalement prise par sa peinture, âme et corps. Ses parents, semble-t-il, ont l'intelligence et les moyens de la laisser faire: un espace lumineux lui est consacré, du matériel, des toiles et des couleurs à profusion, et surtout la liberté de pouvoir jouer avec tout ça, tant pis pour la robe ou les cheveux! 




Je me souviens avoir observée moi-même ma fille de 3 ans lorsqu’elle fabriquait des collages qui rappelaient des tableaux d’art moderne pour leur originalité et qu’elle collait après coup sur la porte de sa chambre. Comme pour la fillette de la vidéo, rien ne pouvait la distraire de cette tâche qui l’absorbait totalement; tout son corps, son visage, ses petites mains étaient en accord avec les gestes qu’elle menait avec une grande précision et une assurance étonnante pour son âge. Transportée par son œuvre, elle rayonnait de bonheur car elle était en contact évident avec celle que Guy Corneau appelle sa propre source créatrice, son égo étant «dilaté par un type d’action où l’on s’oublie soi-même ».[ii] C’est un état où l’identité disparaît de la conscience et la temporalité est suspendue, c’est l’« ouverture d’une porte vers le ciel » comme la décrit un poète interviewé par Csikszentmihalyi. 

Aujourd’hui un nombre grandissant de recherches s’intéresse à l’étude du Flow en contexte éducatif, par exemple pour étudier les questions autour de la motivation des élèves du supérieur, de l’impact des pédagogies actives ou du soutien des étudiants par les enseignants : tâchons de croire qu’elles puissent ouvrir grande la porte à une autre approche de l’éducation, celle qui laisse la place à la joie de l’être.


[i]  Csikszentmihalyi, Mihaly Vivre, la psychologie du bonheur, Robert Laffont, 2004. A ce sujet lire aussi de Dominique Chapot  Et si on choisissait d’être heureux ? Editions du Seuil, 2006
[ii] Csikszentmihalyi, Mihaly La créativité - Psychologie de la découverte et de l’invention, Robert Laffont, 2006.





3 commentaires:

  1. merci Antonella, vidéo magnifique, toute création est joyeuse, toute joie est créative !

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  2. Merci à toi Bruno!
    J'ai lu ton flyer Joia, magnifique! si tu veux je peux aussi le publier sur ce blog. felicitations pour le travail que j'espère vivre de près un jour!
    Antonella

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  3. Bonjour

    merci pour cette vidéo ! Je me permets de la programmer sur mon blog en incorporant le lien du votre que je découvre par la même occasion...
    J'ai vu votre trace sur mon blog via Viadeo (je ne savais pas que ca allait suivre mes visiteurs à la trace !) et du coup, j'ai vu que vous étiez passée dans votre parcours par Paris 8, c'est amusant car je suis moi-même étudiante à l'IED en ce moment :)

    J'attends votre livre avec impatience !

    Pour ma part, je suis en cours d'écriture du second, sur la créativité des enfants, et ce genre de vidéo me fait rêver... alors que j'étais il y a qq jours en train de rédiger le chapitre sur "l'atelier parfait" : une pièce où les enfants seraient libres de créer en toute liberté, et de peindre, entre autres, sans se soucier de leurs gestes qui débordent... et donc sans parents stressés et conditionnés par le sol et les murs à nettoyer !
    Cet été, j'essaierai ça au milieu d'un champ :)

    Marie

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