mercredi 13 novembre 2013

Et si nous laissions les portes de nos classes ouvertes ?


« Qu’est ce que vous reprochez à l’Education nationale lorsque vous dites qu’on vous empêche d’apporter du nouveau dans les contenus et dans votre manière d’enseigner ? » c’est une des questions que je pose souvent aux enseignants qui viennent dans mes stages chercher un « souffle nouveau », comme ils le disent.


Les réponses se ressemblent.  Elles sont souvent des plaintes, parfois des cris de désespoir, toutes expriment le besoin d’être écoutés, entendus : « trop de lourdeur administrative, les programmes sont trop chargés, j’ai les parents, le directeur, le proviseur, l’inspecteur sur le dos, je ne peux rien innover,... bien que... ».
« ? »

« ...bien que, il faut quand même le dire, une fois la porte de la classe fermée, nous sommes libres du point de vue pédagogique» ajoute une enseignante avec un grand sourire « c’est même écrit sur la loi ! »

Il y a donc une loi qui nous parle de liberté!

Je cours ainsi relire ce que dit l’article L912-1-1 du Code de l’éducation à ce sujet: « La liberté pédagogique de l'enseignant s'exerce dans le respect des programmes et des instructions du ministre chargé de l'éducation nationale et dans le cadre du projet d'école ou d'établissement avec le conseil et sous le contrôle des membres des corps d'inspection.... ».

(Entre parenthèses, ce que la loi ne me dit pas, c’est qu’est ce qu’on entend par liberté pédagogique, chacun pouvant l’accommoder à sa propre vision de l’éducation et son effective application, la mienne étant attachée au sens profond de l’éducation et de l’école, ainsi qu’aux interactions entre le maître et les élèves et entre les élèves eux-mêmes, entre autres, mais ça c’est une autre histoire...).

Ce qui m’importe ici c’est plutôt d’interroger la question de l’exercice de cette liberté, une « liberté qui ne se donne pas, elle se prend », comme le disait le poète.
Si donc la liberté ne se donne pas (même pas par un article de loi), mais elle se prend (parce que déjà là), qu’attendons-nous donc pour devenir les êtres libres que nous sommes déjà ? (par « nous », j’entends les profs, les enseignants qui en ont ras-le-bol du système, les maîtres clandestins et invisibles qui innovent « une fois la porte de la classe fermée », nous, les humains ...)
Qu’attendons-nous donc pour arrêter de donner la faute à l’Autre, cet Autre qui est le système en entier, inamovible, éléphantesque, écrasant... cet Autre qui est nous ?!


Et si nous arrêtions de râler, pour paraphraser le titre d’un livre à succès, et nous commencions par l’exercer, cette chère liberté pédagogique ?

Et si nous laissions, une fois pour toutes, la porte de la classe ouverte ?

Ce serait nous lancer dans un processus nouveau (et sans – retour, c’est la bonne nouvelle) de conscientisation, difficile mais à la portée des « évolutionnaires » que nous sommes, une succession de défis et d’épreuves telles que : reconnaître sa propre peur (du système, de l’autre, des autres...) pour s’en dégager, ne plus voir l’autre comme un ennemi, connaître ses droits et ses devoirs de liberté, d’enseignants bien sûr, mais d’êtres humains d’abord...
Ce serait, comme le disait si bien Christiane Singer, sortir de « ces chambres mortuaires où s’essoufflent nos vies corsetées dans la norme, toutes occupées à ne pas fleurir, à ne pas rayonner, à ne pas dépasser les limites du possible et de l’impossible...».                    
Alors, on y va ?







2 commentaires:

  1. Votre article me touche beaucoup Je suis enseignante et je m'entends souvent me plaindre de l'Education Nationale, cherchant dans le système les raisons de mes moments de désespoirs. Mais, il faut être honnête, c'est tout ce que je n'ose pas faire, toutes ces habitudes dont je n'ose m'affranchir, le regard des parents que je n'ose défier, les remarques des collègues que je crains d'entendre, la reconnaissance des supérieurs qui me pousse à me calquer à un moule. IL est en effet plus constructif de m'interroger sur ses peurs et de m'offrir un moment de plaisir lié à une liberté nouvelle retrouvé. Merci pour cet article qui confirme à nouveau ce que je ressentais au fond de moi.

    RépondreSupprimer
  2. Merci à vous pour ce témoignage si courageux. Sortir du moule n'est pas un acte anodin, mais il correspond à une prise de conscience existentielle qui a le pouvoir de changer notre vie!

    RépondreSupprimer

Membre du