samedi 30 septembre 2017

Interview imaginaire à Maria Montessori


Interview imaginaire à Maria Montessori[1]


Antonella : Buongiorno Dottoressa ! Je vous demande pardon de vous déranger là où vous êtes (surement un bel endroit...) et je vous remercie d’avance du temps que vous m’aurez accordée. Puis-je vous poser quelques questions rapides pour nos lecteurs du vingt et unième siècle ? (... pour votre connaissance il ne s’agit pas du titre d’un journal mais du vrai siècle où nous vivons actuellement, on a juste fait un petit saut dans le temps...)

Maria Montessori : Prego.

A : Permettez-moi en premier lieu de vous rendre hommage, d’abord en tant que féministe engagée, parmi les premières femmes à devenir médecin en Italie. Ensuite en tant que chercheuse, intellectuelle, pédagogue, pour l’immense œuvre que vous avez laissé en héritage par votre pédagogie. Aussi, j’aimerais rendre hommage à la mère. Je n’oublie pas que, en tant que mère célibataire, vous avez été obligée de mettre l’éducation de votre unique fils dans les mains d’autres personnes, jusqu’à ses quinze ans. C’est une partie de votre biographie que l’on a tendance à oublier mais qui, j’ose imaginer, a eu une grande influence sur votre mission auprès des enfants. Un peu comme si, dans l’absence de ce fils tant aimé, vous aviez répandu votre amour sur tous les enfants de vos instituts d’abord, puis de la planète entière.

MM : Oh, vous me ramenez à une période de ma vie fort triste, déchirante même... Il y avait d’une part, les découvertes scientifiques et leurs applications en pédagogie qui me rendaient de plus en plus connue et, d’autre part, ma douleur de femme et de mère frustrée. J’ai dû, non sans douleur, déléguer l’éducation de mon enfant adoré à d’autres que moi. Mais à l’époque être mère célibataire était considéré une honte et cela aurait définitivement arrêté ma carrière. Ceci n’a pas été facile. Vous ouvrez là une plaie de mon existence que j’ai  soignée tout au long de mon existence, puisque en âge mur Mario a décidé de vivre avec moi. J’aime croire que nous avons récupéré le temps perdu... 

A : A nouveau je vous demande pardon, ce n’était pas mon intention de rouvrir une telle blessure, d’autant plus que mon objectif est de vous interviewer sur la joie au sein de votre pédagogie !  Mais avant de rentrer dans le sujet, permettez-moi, cara Signora, de vous mettre au courant du succès que cette pédagogie rencontre actuellement sur la planète entière. Partout, nous assistons à un regain d’intérêt pour les écoles Montessori! Imaginez que aujourd’hui plus des 22.000 établissements dans le monde portent officiellement votre nom ! Tous les jours ils en naissent de nouveaux qui s’en inspirent, partout sur la planète. 

Moi-même par exemple, j’ai pu assister à la création d’une petite école inspirée par votre pédagogie, la Oli School[2], pour les enfants des rues d’un village très pauvre de l’Inde du Sud. Votre présence dans ce pays est toujours vivante...
Oli School, Tamil Nadu, Inde
MM : Ah, l’Inde, j’ai beaucoup aimé ce pays ! Au début, en 1939, je pensais pouvoir m’y déplacer à mon gré, mais avec la guerre, j’ai été assignée à résidence en tant que ennemi de l’Italie, donc à surveiller. Je ne pouvais donc pas trop sortir de Madras, mais les gens venaient à moi et j’ai donc pu former environ 1500 maitres et maitresses, ce qui est énorme! C’est là que j’ai pu élaborer ma théorie sur  l’éducation cosmique, influencée par la spiritualité que respirais dans la culture indienne! Cette culture millénaire si riche m’a nourrie et inspirée : savez-vous que j’ai rencontré Gandhi, Nerhu, Tagore ? 
 
Mario et Maria Montessori en Inde
Je n’hésite pas à dire que j’ai passé en Inde parmi les années les plus belles de ma vie. J’ai même troqués mes habits noirs, ceux que je portais toujours comme signe de deuil de mon amour de jeunesse perdu, pour des toilettes claires, élégantes et soyeuses comme le font les femmes indiennes.
A : Je vous comprends, Signora, nous partageons donc ce même amour pour ce pays qui sait aussi être ouvert à des nouvelles idées et méthodes, comme celle que vous avez fondée. 

Mais, revenons à l’éducation cosmique qui suscite ma curiosité : pouvez-vous nous en dire davantage ? Car je ne crois pas trop me tromper lorsque je constate que aujourd’hui, si je prononce le nom Montessori, la plupart des gens pensera au matériel pédagogique que vous avez crée (vendu un peu partout !) et au mieux, à quelques principes de base de votre méthode. Par contre, moins nombreux sont ceux qui connaissent de façon approfondie l’étendue de votre pensée spirituelle. Une vision qui va bien au delà d’une simple pédagogie car elle allie l’éducation à l’écologie, à l’éducation à la paix et à l’éducation interculturelle, une pensée "mondialiste", comme on dirait aujourd’hui. C’est quoi donc l’éducation cosmique ?

 
... à suivre.... 


[1] Cet entretien imaginaire est basé sur la biographie de Maria Montessori, sa bibliographie, sur des sources filmographiques ainsi que sur les témoignages de son fils Mario.

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