samedi 14 octobre 2017

Interview imaginaire à Maria Montessori (suite et fin)




A : Merci cara Signora. Aussi, je tiens à vous informer que vos découvertes scientifiques sur la psychologie de l’enfance sont aujourd’hui validées par toute une branche de la médicine qui s’est fortement développée durant ce dernier siècle, les neurosciences...

MM : Oh, ce que j’écoute est fort intéressant, vous m’en direz plus ?  Pour ma part, j’ai été fière d’avoir contribué, dans le XXème siècle qui a été le mien, au développement de la psychologie de l’enfance. Comme d’autres chercheurs, j’en été arrivée à la conclusion que les deux premières années de la vie sont les plus importantes parce que c'est au cours d'elles que se réalisent les développements fondamentaux qui caractérisent la personnalité humaine. C’était une nouvelle tendance qui avait trouvé son expression dans mes écoles, en rupture avec les anciennes théories psychologiques. Car, si les anciennes théories se fondaient sur l'observation de faits superficiels de la conscience, les nouvelles (de mon temps) cherchaient à sonder l'inconscient et à en analyser les secrets, dans le but de mettre à nu la relation entre la réalité et la pensée. Les psychologues disaient que le comportement de chaque individu s'affirme par ses expériences qu'il peut faire sur l'environnement et, par conséquent j’en ai déduit que le premier devoir de l'éducation est de fournir à l'enfant un environnement qui lui permettra de développer les fonctions données par la nature. 


A : Oui, et pour revenir aux neurosciences, le champ de recherche le plus pointu et encore plus récent, qui établi des ponts avec les sciences de l’éducation, est celui des neurosciences affectives. C’est une branche qui étudie les mécanismes neuronaux derrières nos émotions, nos sentiments et nos capacités relationnelles. Et, figurez-vous que ce qu’on y découvre est ce que vous saviez depuis toujours, c’est à dire que l’environnement social et affectif de l’enfant, agit directement et en profondeur sur son cerveau global, le cerveau cognitif et le cerveau affectif ! On arrive même à affirmer que l’environnement modifie les gênes !

MM : Ce qui contredit en quelque sorte le débat qui voit une opposition historique de la nature à la culture...

A : Oui, car on sait aujourd’hui que les deux sont totalement imbriqués !  En plus, aujourd’hui grâce à ce qu’on appelle l’imagerie cérébrale on peut aussi les voir, ces modifications, sans ouvrir le cerveau, ce qui était impensable à votre époque ! On peut voir par exemple, les effets des émotions négatives comme la peur ou le stress qui altèrent certaines zones cérébrales, dans le système neuroendocrinien, chez les petits. Ils mémorisent dans leur amygdale, appelée le centre de la peur, des émotions d’angoisse qui restent engrammées.  Inversement, la bienveillance ou l’empathie, ont des effets sur le développement de l’hippocampe, le centre de la mémoire, qui se développe au fur et à mesure de l’amour et de l’attention.  Et cela favorise, comme vous l’avez deviné dans votre pédagogie, l’apprentissage.[1]

 
MM : Tout ce que vous me dites ne fait que me réconforter ! De mon coté, j’avais bien compris que rien n'est plus courant que de porter toute sa vie le poids d'une barrière psychique construite dans l'enfance. J’en déduis donc que les écoles et les théories éducatives du XXIème siècles bénéficient de ces recherches et que les enfants peuvent finalement s’épanouir à l’école !

A : ...hem, comment vous dire, Signora, pas tout à fait ! Je suis triste de vous dire que, en général, l’école n’a pas beaucoup changé depuis votre époque. Non seulement les écoles qui portent votre nom sont encore, malheureusement pour la plupart privées, et donc inaccessibles pour leur prix à la majorité des parents, mais la majorité des systèmes éducatifs dans le monde est encore basée sur les binômes récompense/punition, sur les valeurs de compétition face à celles de la coopération... Ce qui explique que les conflits ne sont pas éradiqués, que les guerres continuent d’exister sur la planète et que la violence, aussi celle qu’on appelle aujourd’hui la VEO, la violence éducative ordinaire, est perpétrée dans nos familles ![2]

MM : J’en suis navrée, alors que j’espérais, lorsque je suis partie de ce monde en 1952, que la face de l’humanité était sur le point de changer grâce aussi aux impressionnantes découvertes scientifiques de ce siècle... Quelle disgrâce !

A : Cela dit, chère Dottoressa Montessori, actuellement nous assistons à un éveil des consciences qui est généralisé. L’humanité se réveille d’un grand sommeil qui l’a rendue esclave, endormie, soumise pendant des siècles. Cela concerne tous les domaines, l’écologie, l’économie, la paix, les modes de production, l’éducation aussi ! Je ne voudrais pas donc que vous retourniez dans l’au-delà avec un sentiment de faillite, bien au contraire. C’est même grâce à votre œuvre et à celle de tous les éducateurs et les éducatrices que vous avez formés et qui ont l’ont continué souvent en se battant contre tout et contre tous, que l’humanité est, non sans quelques soubresauts, sur le point de basculer vers une culture de la paix.

MM : Je vous suis reconnaissante de ces paroles... je peux donc rentrer chez moi avec l’espoir que ce que j’affirmais de mon temps, peut devenir vrai : une période nouvelle est commencée pour l'humanité. Elle est en marche vers le monde de l'amour... Ce qu’il nous faut donc aujourd’hui, comme de mon temps, c’est une éducation qui conduise la personne humaine à reconnaître sa propre grandeur !

A : Vous aviez tout compris ! Je vous remercie une fois de plus, Signora Montessori, et je vous laisse retourner là d’où vous êtes venue et où, sans aucun doute, vous récoltez les fruits d’une vie bien remplie, une vie pour laquelle tous les enfants du monde vous seront pour toujours reconnaissants. Arrivederci ! 





[1] Catherine Gueguen, Pour une enfance heureuse, Robert Laffont, 2014
[2] « La violence éducative ordinaire (VEO) est la forme de violence physique  et  psychologique  entre  humains  la  plus  courante  dans le monde, puisqu’elle touche presque tous les individus dans toutes les sociétés (à de très rares exceptions près), dès leur  naissance  et  à  travers  des  pratiques  très  variées. (...) La  tolérance  envers  la  violence  éducative  ordinaire  est  le  terreau de la maltraitance caractérisée – celle qui est jugée inacceptable par la société. Infligée à la plupart des enfants pendant toutes les années où leur cerveau se forme, la VEO les prépare à devenir eux-mêmes violents, ne serait-ce que par imitation, et à trouver normal que les conflits se règlent par  la  violence. » Observatoire de la Violence Educative Ordinaire : http://www.oveo.org/

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